le Kama Muta
Le kama muta
Cette émotion qui nous traverse et nous relie
Vous avez déjà pleuré devant un mariage, ressenti un frisson en écoutant une musique, ou eu la gorge nouée en voyant des retrouvailles entre deux personnes qui s’aiment. Ce n’est pas de la tristesse. C’est une émotion à part entière, longtemps restée sans nom : le kama muta.
Un mot venu du sanskrit
Le terme vient du sanskrit et signifie « transporté par l’amour ». C’est le chercheur en psychologie Alan Fiske qui l’a proposé, avec ses collègues Thomas Schubert et Beate Seibt, après avoir observé quelque chose d’étrange : les larmes que l’on verse devant un film de super-héros, une naissance ou des retrouvailles ne sont pas des larmes de tristesse. Elles surgissent au contraire dans les moments les plus positifs, quand un lien profond entre les êtres se révèle ou s’intensifie brusquement.
Avant leurs travaux, aucun mot scientifique ne désignait cette émotion précise. On parlait d’être « ému » ou « touché », sans plus de précision. Le kama muta permet aujourd’hui de l’étudier comme un phénomène à part entière.
Ce que le corps ressent
Les chercheurs ont identifié plusieurs signes physiologiques caractéristiques : une chaleur dans la poitrine, la chair de poule, des larmes, une boule dans la gorge, une sensation de légèreté. L’émotion est brève, monte vite, et retombe tout aussi vite. On peut la vivre seul, devant un souvenir, ou en groupe, portée par un chant ou un rituel.
Une étude récente a même montré que le kama muta modifie la posture du corps : les personnes qui le ressentent bougent moins, comme stabilisées, ancrées. C’est une émotion qui apaise autant qu’elle bouleverse.
Ce qui déclenche le kama muta
Le point commun à toutes les situations qui provoquent cette émotion : une intensification soudaine du lien avec les autres. Ce lien peut se manifester de plusieurs façons.
- Assister à des retrouvailles ou à un mariage
- Ressentir de la fierté pour quelqu’un
- Se sentir profondément uni à un groupe pendant un chant, une danse ou un rituel
- Observer un acte de générosité ou de dévotion
- Être touché par la mignonnerie d’un enfant ou d’un animal
Ce sont des moments où l’on sent, de façon fulgurante, qu’on appartient à quelque chose de plus grand que soi.
Une émotion universelle
Ce qui frappe le plus dans les recherches sur le kama muta, c’est sa constance à travers les cultures. Des études menées dans nombreux pays montrent que cette émotion s’exprime et se vit de façon très similaire, quelle que soit la culture d’origine. Les mêmes sensations physiques, les mêmes déclencheurs relationnels. Comme si cette émotion faisait partie du socle commun de l’humanité, au-delà des langues et des traditions.
Mon histoire avec cette émotion
J’ai longtemps vécu cette émotion sans savoir la comprendre ni la nommer. Gêné de sentir des larmes d’émotion me monter, j’avais tendance à retenir le kama muta en moi ou à me cacher, parce que la société a trop souvent dit qu’un homme, ça ne montre pas ses émotions. Elle fait tellement partie de moi que je me demandais si j’étais un garçon normal, parce que personne ne m’avait dit que c’était simplement une belle émotion, qui atteste d’un amour inconditionnel profond lorsqu’on est témoin de situations qui nous émeuvent.
Le lien avec Au tour de soi m’aime
C’est ici que le kama muta rejoint directement le travail que je propose : soi m’aime, s’aimer tel qu’on est, tel qu’on naît. Durant les ateliers de chants, les stages de tambours chamaniques, les cérémonies vécues collectivement, nous vivons cette émotion. Parce que nous nous sommes autorisés à être nous-mêmes simplement, ou parce que nous avons observé l’autre se révéler et montrer sa vulnérabilité, qui est en fait le fondement de sa puissance. Ce sont précisément ces conditions qui font naître cette intensification soudaine du lien. Et le son, les vibrations, ont cette capacité à faire tomber les barrières individuelles et à faire ressentir, l’espace d’un instant, que l’on ne fait qu’un avec les autres : un lien fort.
Ce n’est donc pas un hasard si tant de traditions spirituelles et de pratiques de guérison utilisent le chant collectif, le rythme partagé, la voix. Elles créent les conditions propices au kama muta : une émotion qui ne se contente pas de nous toucher, mais qui nous relie et nous ancre.
En résumé
Le kama muta a retrouvé son nom depuis peu, mais il traverse l’humanité depuis toujours. Reconnaître cette émotion, c’est se donner la possibilité de la rechercher consciemment, notamment à travers des pratiques collectives comme le chant, le tambour ou le rituel. Car au fond, ce que cette émotion nous rappelle, c’est que nous sommes faits pour être reliés.
