La dissociation
La dissociation
Quand tu subis dans ta vie un choc, un abus ou une perte trop grande à porter, quelque chose se brise en toi. C’est dans un tel cas que l’être humain fait ce qu’il sait faire de mieux depuis toujours : il protège ce qui peut encore l’être. Alors une part de lui se met à distance. Elle part ailleurs, le temps que le danger passe.
Le chamanisme donne un nom à ce phénomène : la perte d’âme.
Un fragment de l’essence vitale se dissocie pour survivre à l’insupportable. La personne continue d’avancer, mais quelque chose en elle n’est plus tout à fait là. Elle se sent morcelée, vide, absente d’elle-même. Le corps marche, quant à l’âme, elle s’est mise à l’abri ailleurs, dans un recoin du temps où rien ne peut plus l’atteindre.
En psychologie, on parle de dissociation psychique, c’est-à-dire la désunion du corps et de ses fonctions normalement intégrées que sont la conscience, la mémoire, l’identité ou la perception de l’environnement. En ce sens, la dissociation vient s’opposer à l’idée d’unité, de complétude, d’entièreté. Deux langages, une même rupture.
Deux visages d’un même mécanisme
Cependant, la dissociation peut s’avérer autant une capacité qu’une blessure. Elle possède deux visages, selon qu’elle soit consciente ou inconsciente.
Le premier est subi alors que le second est choisi.
Le premier surgit face au traumatisme et laisse une personne déconnectée de ses émotions, de son corps, de sa vie. Elle rejoue parfois les mêmes schémas dans ses relations, sans en comprendre l’origine.
Le second accède librement aux états de conscience modifiés. C’est le cas du rêve éveillé, de la transe chamanique, un voyage intentionnel. Le tambour bat, le rythme s’installe, et la personne déplace alors sa conscience pour atteindre un autre niveau de réalité, comme la sortie de corps.
La nuance tient en un mot : la conscience. Ce qui distingue la dissociation traumatique de l’état de transe, c’est la capacité à l’élargir, et à savoir revenir quand on le décide et se sentir grandi.
Une époque qui dissocie sans le savoir
Nous vivons une époque qui produit de la dissociation en continu, sans même la nommer. L’écran ou le téléphone sont devenus les refuges modernes, à la moindre gêne. On fuit l’ennui, le silence, et cette fuite nous coupe de nos émotions, nous empêchant d’observer nos blessures.
Le résultat ressemble étrangement à la perte d’âme d’autrefois. Un sentiment de déconnexion avec soi-même. Une présence diluée, éparpillée entre mille sollicitations. Le corps est là, mais l’attention est ailleurs, comme aspirée par le flux.
Le tambour chamanique et l’écran d’aujourd’hui jouent finalement le même rôle. Ils offrent une porte de sortie face à ce qui est trop dur à ressentir. La différence, encore une fois, c’est le chemin du retour. L’un enseigne à revenir enrichi. L’autre laisse souvent plus vide qu’avant.
Ce que l’accompagnement peut offrir
Le corps garde tout en mémoire et bien avant que la tête comprenne, il a déjà enregistré. On a souvent essayé de comprendre seul, de parler, d’analyser et pleurer à nouveau. Et pourtant quelque chose résiste encore, dans le ventre, dans la gorge, dans les pensées qui tournent en boucle.
À l’extrême on se comporte comme quelqu’un qu’on n’est pas vraiment, on s’invente un rôle, un comportement. Mais parfois c’est devenu trop lourd à porter. Et ce qui a été mis à distance pour survivre peut ressurgir et imposer une prise en charge au risque de s’ancrer davantage.
Quand le souvenir peut l’exprimer, les thérapies aident à nommer ce qui s’est figé. Cela amène un grand soulagement et réduit les sentiments de culpabilité et le manque d’estime de soi.
Les approches somatiques quant à elles, s’adressent directement au système nerveux. Un tremblement, une décharge, un mouvement spontané peuvent suffire à libérer une énergie restée bloquée depuis des années. Le corps retrouve alors, doucement, sa capacité naturelle à s’autoréguler.
Quant au recouvrement d’âme il propose un autre chemin, complémentaire. Une pratique en lien avec le spirituel pour rapatrier le fragment exilé, le ramener dans le corps, dans le présent. On ne travaille pas seulement la tête, on rassemble ce qui a été séparé : le corps, l’émotion, le mental, l’énergie, le lien à Soi et au grand tout.
La vie est un chemin
Les expériences de la vie prennent la tournure de l’échec ou de l’apprentissage selon l’observation qu’on y met.
D’où la nécessité de prendre le temps d’observer ses blessures, d’en prendre soin et de les transcender pour qu’elles deviennent une source de force, de résilience.
Cela peut prendre un temps variable d’une personne à l’autre.
À mon sens ce qui compte le plus c’est de garder le cap et se laisser attirer vers la joie de vivre.
